Chapitre 2 : Apprentissage

Première partie :

13 Janvier 2035 :

J'allais avoir six ans. Il était temps pour moi de rentrer à l'institut. Nous étions environs trente-cinq nouveaux élèves. J'appréhendais la constitution des classes. Je n'avais pas encore eu l'occasion de rencontrer ne serait-ce qu'un seul autre être de mon âge. Ou du moins, je n'avais pas encore pu parler à un autre enfant. Tous m'évitaient ou se mettaient à pleurer, appelant leur nourrice ou mère lorsque je tentais de créer un contact. Vainement.
Je me retrouvai finalement dans la troisième classe en compagnie de onze autres futurs élèves. Elle se nommait « Lommée ». L'on nous avait expliqué un peu plus tôt que les noms de classes référaient à des héros morts lors de la guerre précédente qui avait ravagé le pays. Nous n'avions pas très bien compris, mais nous en étions fiers.
Comme d'habitude, les autres me fixaient d'un air étrange, comme si je venais d'un autre pays. Je ne comprenais toujours pas en quoi je leur étais tant différente. Il était vrai que j'étais plutôt grande pour mon âge. En outre, ma peau n'était pas d'une couleur vert d'eau, comme la leur, mais bleue.
Cela avait d'ailleurs dérangé depuis ma naissance. Aucune nourrice n'avait voulu me garder.
Seuls mes parents n'y avaient prêté guère d'attention.
Malgré le fait que ma mère m'avait dit plus tôt qu'il ne fallait pas que je m'attarde sur le regard des autres, je sentais que cela allait devenir un véritable calvaire.
La cloche sonna. On nous somma de rejoindre nos classes respectives.
J'oyais les murmures de part et d'autres de la pièce, assise à un pupitre. La plupart de mes compagnons de classe avaient des grands frères ou s½urs qui leur avaient déjà expliqué le fonctionnement de l'institut.
Je ne savais rien.

Le professeur entra. Il commença par se présenter, puis fit passer une feuille sur laquelle était inscrit tout ce que nous allions voir et étudier. Il nous expliqua qu'à la fin de celle-ci, nous avions toutes les fournitures dont nous aurions besoin tout au long de l'année.
Il nous présenta ensuite notre programme, pas seulement de cette année, mais aussi celui de celles qui allaient venir. À savoir, l'histoire de notre pays, celle du monde, la géographie, l'arithmétique, les travaux manuels, la littérature, la mythologie, mais aussi l'aptitude au combat, le maniement des armes et surtout, la maîtrise de l'élément de l'eau.
La cloche sonna de nouveau.
On nous autorisa à sortir de classe puis à prendre un repas. Il ne s'agissait que du premier jour, mais la discipline était déjà de rigueur. Une fois cet intermède terminé, je rejoignis la salle de classe. J'entendais le rire des autres. J'aurais aimé être avec eux. Cependant, à peine eussé-je ouvert la porte que tous leurs regards se posèrent sur moi. Je compris dès lors que je ne pourrais compter sur aucun d'eux pour m'accompagner. Je m'assis. Le professeur rentra à ce moment, nous demandant de nous lever puis de sortir dans la cour arrière. Il nous expliqua que celle-ci nous servirait de lieu d'entraînement afin de se parfaire dans l'utilisation de nos techniques. Il nous présenta ensuite une grande étale surveillée par deux elfes à la large carrure. Était présente une multitude d'armes aussi différentes et dangereuses les unes que les autres.
La cloche sonna pour la dernière fois de la journée.
Il nous signala de bien réfléchir au type d'arme que nous voulions ainsi que l'usage que nous voudrions en faire.

À la fin de la journée, je me retrouvai seule, comme au matin. Mais cela m'importait peu. Je n'arrivais pas à faire confiance à mes camarades.
Je rentrai.
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# Posté le dimanche 23 août 2009 17:12

Chapitre 2 : Apprentissage

Deuxième partie :

14 janvier 2035 :

Je devais, une nouvelle fois, rentrer seule chez moi.
Pour cela, je devais longer la rivière d'Argan, traversant la Capitale. Là, j'allai m'asseoir près de la rive.
Un vieil homme était assis non loin de moi. Il tenait une canne à pêche.
En cette période de l'année, l'eau était bien trop froide pour que quelque chose morde à l'hameçon. Mais il était là.
Il me sembla donc étrange.
Il tourna sa tête vers moi. Me sourit. J'en fus tellement surprise que je ne le lui rendis pas.
« _Eh bien mon enfant ! Ce n'est pas à ton âge que ton visage va se rider à force de sourire ! Approche-toi. »
Il remarqua mon air méfiant.
« _Allons bon, je ne vais pas te manger ! »
Il lâcha la canne de sa main droite. Pointa son doigt vers l'eau. Le leva. Un filet d'eau suivit son geste. Il le fit ensuite tourner, formant un petit tourbillon. Cette cordelette vint me saisir le poignet. Je fus tirée à lui.
« _Comment t'appelles-tu mon enfant ?
_Je...euh...Galiphène ! Je m'appelle Galiphène Auriale !
_Voilà un bien joli prénom. Eh bien, Galiphène, que dirais-tu de passer du temps avec moi ? Je me doute bien que cela ne sera pas très excitant, mais cela pourrait être amusant! »
C'était la première fois que l'on me demandait une telle chose. De ce fait, je n'hésitai pas une seconde :
« _C'est d'accord!
_Bien, bien, bien! Alors nous nous voyons demain ?
_Pourquoi pas aujourd'hui?
_Il commence à se faire tard, tes parents doivent s'inquiéter de ton retard, tu sais.
_Ils ne seront pas là ce soir, dis-je attristée. Ils ne sont pas souvent là. Cependant, dès qu'ils sont là, ils me racontent un tas d'histoires et m'apprennent beaucoup de choses !
_Eh bien, tu en as de la chance ! »
Je lui souris. Je me présentai donc de façon intégrale. Nom, prénom, âge, classe... En bref, tout ce qui me passait par la tête à ce moment là.
« _Alors comme ça, tu viens de rentrer à l'institut ?
_Oui!
_Tu aimes y aller à ce que je vois !
_Énormément! J'aime ce que l'on y apprend, même si je reste seule.
_Je vois. Qu'as-tu appris jusqu'à présent ?
_Eh bien, ce n'est que le second jour, donc le professeur nous a seulement présenté des armes, ainsi que des bases pour utiliser l'eau. Il a dit que nous étions trop jeunes pour la former nous même. Alors nous utilisons des bassines.
_Je vois, je vois. Peux-tu me faire une démonstration avec l'eau de cette rivière ?
_Oui ! »
Je me levai, me concentrai. Je tendis mes deux mains vers la rivière puis les levai. L'eau se leva en même temps. Je ramenai ensuite mes mains vers ma poitrine. L'eau se rapprocha de la rive. Je tendis les bras. L'eau reprit sa place initiale.
Je relâchai mon emprise, expirai.
Le vieil homme était stupéfait.
« _Es-tu certaine que cela ne fait que deux jours que tu étudies ?
_En fait, je suis la seule à arriver à faire ça. J'ai l'impression que cela ne plaît pas aux autres. Le professeur m'a dit qu'ils étaient simplement jaloux du fait que je suis douée.
_Il a sans doute raison. »
La nuit commençait à tomber.
« _Je suis désolée, monsieur le vieil homme, mais je vais devoir rentrer. Je vous remercie de ce moment.
_Si tu passes par ici demain, viens me voir ! Je m'appelle Byurane.
_D'accord ! À demain monsieur Byurane ! »
Je courus tout le long du chemin du retour, contente d'avoir fait une telle rencontre.
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# Posté le mercredi 26 août 2009 11:57

Chapitre 2 : Apprentissage

Troisième partie :

15 février 2035 :

Je revins chaque soir, lui contant mes journées et ce que j'avais appris.
À chaque fois il riait. Il ne se lassait pas de mes histoires, de mes accrochages avec les autres élèves. En échange, il me racontait quelques légendes d'elfes, de dragons, de lutins et de fées célèbres pour leurs actions et leur grandeur.
Ce soir là, je vis une sacoche près de lui.
« _Ah! Tu es enfin arrivée.
_Mes parents ne rentreront que tard dans la nuit.
_Je vois, je vois ! Approche. »
Il sortit une feuille pliée en quatre. L'étala sur l'herbe.
« _Qu'est-ce que c'est ?
_Une carte du monde. Elle représente les quatre pays situés sur notre planète. Regarde, ici, c'est le notre, le Pays de l'elfe flottant, dit-il en pointant son doigt sur le bloc situé en haut à gauche de la carte.
_Comme c'est grand !
_N'est-ce pas ? Et là, c'est Hydrotike, la Capitale, là où nous vivons.
_Hum... Alors ce doit être dans le centre-ouest ! On nous a appris à nous repérer dans l'espace il y a deux semaines.
_C'est cela ! Ta mémoire ne cessera de m'étonner dis-moi !
_Quels sont les autres pays ?
_Alors, en dessous du notre, au sud-ouest c'est le Pays des fées libertines, le pays de l'air. Celui à gauche, au nord-est, est le Pays des lutins belliqueux, le pays de la terre. Enfin, celui au sud-est, est le Pays des dragons terrestres, le pays du feu.
_Le monde est aussi vaste ?
_C'est cela.
_Est-il possible d'en faire le tour ?
_Eh bien ma foi oui, mais cela te prendrait des années et des années, tu sais.
_Je le sais. Mais pour le moment, j'ai juste envie de m'en aller d'ici. Les autres me détestent.
_Tu trouveras de bons compagnons en temps voulu, j'en suis sûr.
_Monsieur Byurane...Pourquoi il y a-t-il un pays pour chaque peuple ? Ne serait-il pas plus simple de vivre tous ensemble?
_Il faut croire que cela ne relève que de l'utopie. Chaque peuple a ses traditions, sa propre manière de vivre, d'éduquer ses enfants.
_Qu'est-ce que l'utopie ?
_Quelque chose qui n'arrivera sans doute jamais... »
Il leva les yeux au ciel couleur acier.
« _Un jour, je ferais le tour du monde ! Et je verrais tous les peuples ! Et tous, vivront dans un même pays ! »
Le vieil homme rit.
« _Au moins, personne ne pourra dire que c'est l'enthousiasme qui te manque !
_Mais je le ferai ! Vous verrez ! Et quand ça arrivera, vous sourirez !
_Voilà qui est intéressant... Cela me rappelle une histoire que j'ai entendu alors que je longeais la forêt à la frontière du pays de la terre. J'ai alors rencontré quelqu'un... »
Je l'écoutai les oreilles grandes ouvertes. Ses histoires me passionnaient. Il était le seul à qui je parlais et qui me parlait, malgré ma différence.
« _Je vous remercie pour cette histoire ! Vous m'apprenez tellement plus que le professeur de l'institut. Je m'ennuie tellement en classe...
_Ah tiens ? N'oublies quand même pas de t'entraîner de façon assidue !
_Oui ! Je me dois de rentrer ! À bientôt, monsieur Byurane ! »
Je courus jusqu'à être hors de sa vue. Là, je ralentis ma marche, n'ayant plus personne avec qui rire, avec qui discuter. Ainsi étaient les choses. J'étais seule. Et peut-être étais-je aussi la seule à croire que nous pourrions, un jour, vivre tous ensemble, malgré nos différences.
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# Posté le samedi 29 août 2009 07:36

Chapitre 2 : Apprentissage

Quatrième partie :

14 juin 2035

« _Bonjour à vous, jeunes elfes, nous dit notre professeur. »
Il était suivi par une jeune fille. Sa beauté me sauta aux yeux. Elle était resplendissante, d'un regard aussi profond qu'il était accablé par la tristesse.
L'homme lui indiqua une place où s'asseoir, sans même prendre la peine de nous la présenter. Par la suite, il nous précisa qu'elle venait d'un village du nom d'Hifiacre. Mes yeux ne dérivèrent pas un seul instant de son visage.
9h40. L'heure du cours d'application.
Les autres me détestaient pour deux raisons. J'étais différente et j'étais douée. Après seulement six mois, j'arrivais parfaitement à invoquer l'élément d'eau, sans m'épuiser. Cependant, il n'en était pas de même pour la nouvelle qui, après seulement quelques minutes de pratique, s'était faite remarquée. Elle s'était trempée elle-même jusqu'aux os et s'était lamentablement étendue sur le sol. Alors qu'elle tremblait de froid, le professeur interrompit la classe, l'aidant à se relever. Lorsqu'elle fut debout, nous découvrîmes sa silhouette aussi frêle qu'une branche morte à travers ses vêtements.
Notre maître revint après quelques minutes. Certains ricanaient encore de ce qui venait de se produire.
Je levai la main. Demandai à me rendre à l'infirmerie prétextant un mal de tête soudain, ce qui surprit. Néanmoins, on me laissa partir.

Elle était là, allongée sur un lit, tremblante.
« _Hé... »
Pas de réponse.
« _Hé !! »
Toujours rien.
Je montai sur le lit, me plaçai au dessus d'elle, nos visages se retrouvant face à face.
« _Hé !
_Qu'est-ce que tu veux !?
_C'est quoi ton nom ? »
Ses yeux s'écarquillèrent, ses rétines empiétant sur ses iris bleu.
« _Va-t-en... »
Sa voix n'avait d'égale que sa beauté.
« _Pourquoi ça ?
_VA-T-EN !! »
Je ne comprenais pas. Je descendis du lit.
Quelqu'un venait.
« _Ce n'est rien, madame. Je me sens mieux! »
Je retournai en classe. C'était décidé, je ne la lâcherai pas. J'avais lu dans ses yeux le même sentiment qui hantait mon c½ur. Je n'avais peut-être que six ans, mais je n'étais pas bête.

Dès le lendemain matin, je retournai à la charge. Elle pleurait, était de nouveau trempée. Pourtant les cours n'avaient pas commencé. Sans doute les autres avaient-ils abusé de leurs pouvoirs. J'accourus vers elle.
« _Ces vauriens...
_Que me veux-tu ?
_Ton prénom.
_D'abord le tien !
_Si je peux avoir le tien de cette façon... Je m'appelle Galiphène. Je viens du milieu modeste de la Capitale.
_Galiphène...je suis Marilia. Je viens de la cité d'Hifiacre.
_Cela doit-être petit pour qu'il n'y ait pas d'institut !
_Il y en a un. Hifiacre est bien plus belle que la Capitale ! Cependant, j'ai dû en changer.
_Pourquoi ça?
_Parce que tous les autres se moquaient de moi, incessamment.
_Ah... il est vrai que tu n'es pas très douée. Mais ce n'est pas grave ! Les cours vont commencer, dis-je entendant la cloche sonner. Allons-y ! »

Le soir même, j'allai voir le vieil homme à la canne. Marilia, habitant de l'autre côté de la ville, n'avait pu m'accompagner. Je lui racontai toute l'histoire en détails.
« _En voilà une bonne chose ! me dit-il en souriant. Bien, je vais devoir y aller.
_Monsieur Byurane ! Vous allez pouvoir pêcher maintenant ! Les poissons devraient revenir ! »
Il rit.
« _Qu'y a-t-il ?
_J'ai déjà attrapé le plus beau des poissons. Ne perds pas de vue tes objectifs, Galiphène. Qui sait, l'utopie viendra peut-être...
_Vous ne revenez pas demain ?
_Je ne pense pas. J'ai l'impression d'entendre le murmure d'un endroit lointain qui m'appelle.
_Je vois... Faîtes bon voyage alors ! Je m'en vais de ce pas ! Au revoir, monsieur Byurane ! »
Lorsque je me trouvai à plusieurs mètres de lui, je me retournai. Il était déjà parti. Quelque part, je sentais que, non seulement je n'allais jamais le revoir, mais qu'en plus, il allait me manquer, ce vieil homme aux mille et une histoires.
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# Posté le samedi 05 septembre 2009 07:00

Chapitre 2 : Apprentissage

Cinquième partie :

26 Novembre 2035 :

Petit à petit, Marilia et moi apprenions à nous connaître. Chaque jour, je pouvais me rendre compte que, autant elle n'avait aucun don pour maîtriser l'élément d'eau, autant ses connaissances théoriques ainsi qu'en moult d'autres domaines excédaient de loin les miennes, ainsi que celles de tous ceux de « Lommée ». Je l'aidais tout de même à combler ses lacunes un minimum, sachant que ma pratique était la meilleure de la classe et que je retenais toutes les incantations au fur-et-à mesure que l'on me les énumérait. D'ailleurs, depuis que nous étions ensemble, les moqueries avaient progressivement cessé, ce qui n'était pas pour nous déplaire.
En ce jour, un soldat vint me chercher alors que nous étions en cours d'histoire.
« _Soldat de l'armée impériale, deuxième régiment, Palyben. Voici le message : l'elfe Auriale Galiphène, classe 3 « Lommée » est priée de se rendre de ce pas au Centre d'Hydrotike, sur convocation de notre seigneur Inary ainsi que du Conseil Supérieure. »
Le professeur me donna l'autorisation de me lever. Je suivis l'homme en armure aux couleurs de l'armée. Je remarquai le symbole de notre pays sur son plastron.

Une dizaine de minutes plus tard, nous étions face à l'imposante bâtisse. Le Centre était, non seulement, le lieu de résidence du seigneur du pays, mais aussi le lieu dans lequel se déroulaient toutes les formations et préparations au combat des armées. Seuls quelques haut-gradés pouvaient y vivre. Toutes les affaires internes y étaient aussi démêlées.
Nous entrâmes. Le soldat se mit au garde-à-vous. Je me tins aussi droite que possible lorsqu'un homme, visiblement important, passa à côté de moi. Je pouvais déjà ressentir son immense pouvoir. Certainement un maréchal ou un commandant.
« _Suis moi, me dit mon accompagnateur sur un ton se voulant rassurant. »
Je m'exécutai.
Il m'emmena jusqu'à une porte de bois noir, contrastant fortement avec la peinture bleue laquée qui recouvrait le sol, les murs et le plafond de l'ensemble du Centre.
Frappa trois fois.
Là, un homme, la trentaine bien passée, ouvrit la porte. Le soldat se mit de nouveau au garde à vous.
« _Seigneur, voici l'enfant que vous avez demandé.
_Je vous remercie soldat. »
Ma tension grimpa lorsque j'entendis le titre de l'homme se tenant face à moi. Je me redressai, mes épaules remontées jusqu'aux oreilles.
« _Entre donc, mon enfant. »
La pièce était sombre. Seulement éclairée par de faibles bougies. Huit hommes, ou femmes, étaient assis tout le long de la pièce. Le seigneur alla prendre place au centre.
« _C'est donc bien vrai...commença un homme à la voix grave. Ta peau est bien aussi bleue que l'océan.
_Bien, reprit le seigneur. Mesdames, messieurs, mademoiselle, je vous demanderai le plus grand silence quant à cette affaire. Nous avons devant nous une enfant prodige, ou plus précisément, l'enfant bénit de notre déesse, Hyornée.
_Comment pouvez-vous en être aussi sûr ?demanda une femme.
_Sa couleur de peau en est déjà une preuve. Si vous voulez en être totalement convaincu, alors, qu'il en soit ainsi, conduisez-la à la salle d'entraînement des soldats impériaux. »
Ce qui se fit. Après une batterie de tests interminables, ils acquiescèrent tous que j'étais bel et bien l'enfant bénit de Hyornée.
« _C'est donc qu'une nouvelle ère approche, dit un autre homme, paraissant plus jeune.
_Nous verrons cela plus tard. Dois-je vous rappeler qu'il ne s'agit que d'une enfant ? »
Il y eut quelques murmures entre les différents membres. Le seigneur se leva, se présenta face à moi, posa un genou à terre afin de se mettre à ma hauteur. Mes épaules se raidirent.
Il passa sa main dans mes cheveux châtains mi-longs.
« _Ne t'inquiètes pas, tout va bien! Simplement, cela doit rester un secret, d'accord ?
_O...Oui!
_Pourras-tu donner cette lettre à tes parents ? Je sais qu'ils sont de repos, cependant, ceci est un message de la plus haute importance !
_Je leur remettrai en main propre, seigneur !
_Bien, bien. Tu peux disposer, enfant bénit de Hyornée, Galiphène.
_Bien, seigneur ! »
Toujours aussi raide, je quittai la salle. Me rendis en vitesse à l'extérieur. J'inspirai un grand coup, me détendis.
Marilia m'attendait.
Je n'eus pas le c½ur de lui cacher.
« _À vrai dire, je n'en suis que très peu surprise. J'ai lu des livres à Hifiacre qui en parlait.
_Je vois...Je ne comprends pas très bien ce que cela veut dire.
_Je ne sais pas bien non plus. Je me dois de rentrer ! Mes parents doivent m'attendre ! À demain, Galiphène ! »
Je lui souris, lui fis signe de la main. Elle partit. Je rentrai chez moi, seule. Notre habitation se situait loin du Centre. Il me faudrait une bonne heure pour rentrer.
C'est alors que je me rendis compte, que, même si Marilia était là, j'étais seule. Elle était la seule à ne pas avoir fait attention à ma couleur de peau, exceptés mes parents, bien sûr. Cependant, dès qu'elle n'était plus là, j'étais de nouveau, la petite elfe de six ans, différente. Et ce, qu'importait le titre que l'on m'accordait.
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# Posté le samedi 12 septembre 2009 11:26